Le pays où le ciel est toujours bleu

Du 13 mars au 11 avril 2021

5 rue des Grands Champs à Orléans



Feu d'artifice diurne


Les paysages de Guillaume Mary procèdent du mémento. Ramassés à l'essentiel, les lieux dépeints s'y condensent en quelques détails marquants qui suffisent à en résumer le souvenir. Tout y prend une forme extrêmement concise. Les bâtis, ossatures fonctionnalistes encore abrégées en quelques élévations de façades. Le mobilier et les infrastructures urbaines, épures dont les contours incisifs détourent des plans volontiers laissés vides. Et la végétation encore, réduite à la géométrie laconique d'une topiaire ou à ces ramifications tout aussi sommaires de segments curvilignes résolument dénudés – la luxuriance de frondaisons se trouve figurée par endroits seulement, au moyen de larges masses sombres, rapides, liquides, envahissantes, fonds compacts et impénétrables d'où les arborescences schématiques viennent alors s'enlever en négatif, prenant des allures spectrales. Chaque fois, le référent se trouve ainsi ramené à l'épaisseur d'une feuille de décor de théâtre.
La synthèse, pourtant, n'est pas aride. Car loin d'aboutir à une déperdition, le processus opère au contraire une concentration telle des motifs que ceux-ci acquièrent une densité plus grande, et gagnent en charge d'évocation. C'est tout l'enjeu pour Guillaume Mary : parvenir à suffi-samment s'affranchir des nécessités d'une approche perceptive afin de retrouver l'intensité et la fulgurance de la remembrance. Pour ce faire il adopte un mode de représentation qui réunit dans le même espace pictural deux organisations différentes du sensible – l'une figurative, l'autre plastique.
Ainsi le tableau, fenêtre ouverte albertienne, s'ébauche néanmoins autour d'aberrations assu-mées dans les effets de perspective, lesquelles soulignent cet intérêt majeur porté à l'agencement des formes, des couleurs, des volumes picturaux en tant que tels. La distribution souvent éparse des signifiants sur la surface unie de la toile atteste elle aussi d'un certain re-noncement à la narrativité de l'historia en faveur de celle de la production et de l'interprétation. Cette dispersion des éléments sur le fond monochrome permet en effet à Guil-laume Mary de rassembler et juxtaposer librement les possibles, fussent-ils contradictoires : l'aplat coloré homogène, parfaitement isotrope, arrière-plan dégagé de toute logique de pola-rité autorise en effet au peintre les manques, les rapprochements et les écarts les plus im-promptus. Ce topos singulier restitue le souvenir à l'origine de la peinture dans sa complexité, chargé qu'il est d'imprécisions, de ces omissions et ellipses propres à la condensation.
La peinture de Guillaume Mary figure l'espace dans une vérité qu'il n'a à aucun moment eue. En cela elle prend la pleine mesure de la mimésis, dont Paul Ricoeur rappelait que la fonction n'est pas tant de donner à reconnaître des objets mais à découvrir des dimensions de l'expérience qui n'existaient pas avant l'œuvre.

Marion Delage de Luget









Feu d'artifice diurne, 2020. Huile sur toile, 168 x 184 cm







 

 



Feu d'artifice diurne, 2021, POCTB, Orléans


Feu d'artifice diurne, 2021, POCTB, Orléans


Feu d'artifice diurne, 2021, POCTB, Orléans


Construire un saloon, 2020, progress gallery, Paris


Construire un saloon, 2020, progress gallery, Paris


Hôtel seul, 2017.Huile sur toile, 60 x 73 cm


Hôtel seul, 2015. Acrylique et encre de chine sur papier encadré, 74 x 54 cm


Exposition extérieurs. 2015, Galerie Frédéric Lacroix, Paris


L'eau-deux la surface, 2014, Galerie Fernand Léger, Ivry-sur-Seine


Surface du réel, 2014, Le 19, Centre régional d'art contemporain de Montbéliard


Surface du réel, 2014, Le 19, Centre régional d'art contemporain de Montbéliard


Surface du réel, 2014, Le 19, Centre régional d'art contemporain de Montbéliard


Surface du réel, 2014, Le 19, Centre régional d'art contemporain de Montbéliard


Surface du réel, 2014, Le 19, Centre régional d'art contemporain de Montbéliard


Exposition feur et volcan. 2012, Galerie Frédéric Lacroix, Paris


Exposition feur et volcan. 2012, Galerie Frédéric Lacroix, Paris


Exposition Points de vues. 2011, Saint Benoît du Sault


Exposition Provinces. 2009, Galerie Frédéric Lacroix, Paris


Exposition Rennes - Paris - aller/retour, 2009


La grande allée. 2006, technique mixte, 9,4 x 2,2 m, Galerie Magda Danysz, Paris


Photo : Pascal Béjean - 2012

 

© Guillaume Mary 2021